Miroir, Mon Beau Miroir!

 

Installée devant ma coiffeuse,  en plein rituel de beauté quotidien, je suis prise d’un désir soudain de demander à mon «impitoyable»  miroir magique de me transporter dans le passé, histoire de voir ce à quoi j’aurais pu ressembler dans ces jours qui menèrent à la Révolution, voici maintenant 225 ans.

C ‘est le tout début de l’été et en dépit d’une certaine fébrilité, d’un certain mécontentement dans l’air, ma servante m’aide à me préparer pour un rendez-vous galant avec un marquis … rien que ça !

Mon teint doit être  parfait et tout d’abord je dois appliquer une lotion qui doit effacer les rides et les imperfections de ma peau.  Des graisses et cires (associées avec des minéraux et des métaux lourds) qui il y a peu de temps étaient appliquées en couches épaisses, sont maintenant diluées avec des eaux florales et du vinaigre ce qui m’a-t-on dit ne devrait pas me faire de mal, et bien au contraire devrait éradiquer les les boutons, les taches de rousseur, et les rougeurs, afin qu’on ne me prenne pas pour une paysanne !

Le célèbre ou tristement célèbre blanc de céruse utilisé par la noblesse pendant des siècles a maintenant été remplacé par du talc et de l’amidon pour une allure plus naturel adopté par Reine elle-même, qui met en valeur le «rouge» et les «mouches» de mise dans l’étiquette de la cour.

J’ai devant moi une  dizaine de rouges différents fabriqués avec  de la craie de Briançon et du rouge carmin, et chacun d’entre eux garde une signification particulière suivant la période de l’année ou suivant ce que j’ai à faire.

Rouge est un essentiel et on m’a dit qu’il s’en vend près de deux millions de pots chaque année.

La «mouche» Ah ! la fameuse « mouche », mon arme de séduction par excellence.  faites de velours ou de taffetas, je garde les miennes dans une petite boite de nacre et j’en prends particulièrement soin lorsque je dois décider le l’endroit où je dois les coller sur mon visage et quel message subliminal doivent-elles délivrer … ne suis-je pas célèbre pour en avoir porté une fois une quinzaine?  Mais aujourd’hui , je vais délicatement en placer une près d’un oeil, pour montrer à ce marquis combien je peux être passionnée et une autre à la commissure de mes lèvres ce qui signifie …

Un petit retour au présent… la « mouche » avait aussi pour utilité de masquer les boutons, ce qui était une brillante idée  … et si on milite pour le retour de la « mouche »!!

La touche finale ?  Pour couronner le tout…une extravagante perruque poudrée! Comme la farine de blé est interdite pour cet usage  depuis la grande famine des alentours de 1740, nous utilisons de nos jours de la farine de riz et de l’amidon, souvent parfumés à l’iris, la coriandre ou le clou de girofle, produits largement fournis par mon parfumeur et gantier.

Le téléphone sonne… je suis éjectée de ma rêverie matinale et maintenant il me reste juste assez de temps pour une petite couche de mascara, un tourbillon de blush et un coup de gloss transparent pour les lèvres … espérons que personne n’écrira sur moi dans deux cents ans!

 

Miroir, Mon Beau Miroir!