Et si on se faisait belle comme au Moyen Âge en Occident?

C’est la rentrée et chacun revient de vacances avec de multiples expériences. J’habite en Bourgogne, à 6 kilomètres du fameux Château de Guédelon, un château médiéval construit en temps réel et avec les moyens de l’époque par des compagnons. La bâtisse s’élève lentement depuis une vingtaine d’années. C’est maintenant un des sites français les plus visités et des gens venus du bout du monde s’y rendent pour faire des stages de tailleurs de pierre, de menuisiers, de maréchaux-ferrants, de cordeliers et de bien d’autres métiers oubliés. Chaque année, plus de 300 000 personnes s’y pressent, curieuses de découvrir ce Moyen Âge qui revit miraculeusement.

Mais, justement, le Moyen Âge, c’est quand ?

C’est une période d’environ mille ans, qui débute à la chute de l’Empire Romain et qui s’achève au début de la Renaissance. Soit entre 476 après J.-C., quand le dernier empereur romain disparaît, jusqu’en 1492, avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (que les chinois et d’autres avaient découverte bien avant).

Halte au maquillage

C’est aussi une période où l’Eglise toute puissante n’est pas tendre avec la beauté des femmes. Par conséquent, comment peut-on imposer aux femmes des critères de beauté alors qu’on ne les fréquente pas officiellement, sauf si elles sont enfermées dans de tristes monastères ?

Si le Moyen Âge est victime d’une mauvaise réputation au niveau de la propreté corporelle, c’est pourtant l’époque où les villes ouvrent des bains publics et où les médecins préconisent l’hygiène. Les femmes du peuple, certes, ne vivent pas dans les meilleures conditions et n’ont pas le temps de s’apprêter, mais on utilise du savon, on prend des bains, puisque grâce aux croisades on a découvert de nouvelles senteurs, de nouveaux produits, comme le savon que l’on peut, d’une manière assez grossière, facilement fabriquer. Les femmes riches et les nobles s’offrent du haut de gamme comme le savon d’Alep, des parfums et des onguents, des crèmes et des emplâtres. Entrent dans leurs compositions de nouvelles épices comme le musc, l’ambre et autres merveilles venues d’Orient.

Mais pourquoi s’en prendre au maquillage ?

Le maquillage existe depuis près de 100 000 ans avant notre ère. Pour preuve, la découverte et la datation de petits récipients et de pinceaux dédiés à cet usage. Autre rite étonnant, on se maquillait même le corps pour apaiser les brûlures du soleil, se protéger contre les morsures du froid ou encore se prémunir des piqûres d’insectes. Encore plus étonnant, les différentes couleurs de maquillage, allant du sombre au clair, témoignaient de l’importance hiérarchique au sein de la tribu… les plus foncées étant reléguées tout au bas de l’échelle !

Les Grecs, les Romains, les Égyptiens, tous les peuples d’Orient et d’Extrême Orient se maquillent. Pendant ce temps, l’Occident de la chrétienté se « blafardise ».

On ne se maquille pas puisque l’Église l’interdit avec fermeté et Dieu sait si ça ne plaisantait pas.

La femme qui se maquillait commettait, en quelque sorte, un adultère puisqu’elle trompait l’œuvre, la création initiale du Seigneur.

Si elle utilisait quelques « fards », on considérait alors que c’était une façon pour elle de dissimuler la noirceur de son âme. Le bûcher n’était pas loin !!!!

La beauté, oui ! Le maquillage… non !

Les jeunes filles diaphanes, les « pucelles », les « damoiselles », sont les seules autorisées à porter les cheveux défaits. Ils doivent être blonds et, au besoin, teints avec de l’urine. Les sourcils et les yeux sont noirs, le teint de la peau transparent, la bouche fine et charnue et la poitrine se veut petite. Elles ont un petit ventre rond mais les membres sont fins. Voilà pour ce qui est des jeunes top modèles de l’époque. Les peintres de l’époque en témoignent.

Beauté fatale

Lorsqu’elle atteint la maturité vers l’âge de vingt-cinq ans, l’espérance de vie étant très courte à cette époque, la jouvencelle devient une noble dame et entre dans ce qu’on appelait le « désert de l’Amour ».

Plus question de laisser flotter ses cheveux au vent ! Ceux-ci sont attachés au plus haut, tressés ou nattés, on s’épile à la chaux et au sulfure d’arsenic et le front est rasé de façon à mette en valeur le visage. Contre la repousse du poil, on utilise parfois des compositions étonnantes issues de l’alchimie, relevant presque de la sorcellerie, comme le sang de chauve-souris et de grenouille et même de la cigüe, une plante mortelle que les grecs utilisaient pour engager au suicide les contestataires intellectuels comme Socrate qui, lui, avala allègrement son bol de cigüe devant ses étudiants.

L’Ornement des Dames

C’est un ouvrage, un véritable manuel de la beauté, écrit par une certaine Trotula en 1097.

Il donne une idée des sacrifices que ces dames devaient faire pour plaire à leur mari sans trop s’attirer les foudres de l’Église.

Une dent manquante ? On la remplace par de l’os de vache ou de l’ivoire.

La peau du visage est traitée avec du savon gaulois.

On se blanchit la peau, la peau brune étant un signe de pauvreté réservé aux paysans et aux ouvriers exposés aux rayons solaires.

On utilise toutes sortes de matières qui vont de l’argile aux épices,  en passant par les plantes médicinales. On se tartine à la cire d’abeille et à la graisse animale.

Notre fameuse Trotula pousse encore plus loin ses conseils dans la recommandation d’une potion à tout faire : épilation, nettoyage, un anti-repousse, en lui-même assez repoussant pour notre époque et que l’on n’est pas près, on l’espère, de retrouver dans les instituts de beauté : de la fiente de pigeon, du lézard frit à l’huile et de l’urine d’enfant. Pour se teindre les cheveux en noir ? Rien de plus simple ! Un onguent dans lequel on retrouve encore un petit lézard équeuté et étêté, avec des pommes de chêne pulvérisées, mélangées avec un noircissant végétal, un peu de vinaigre, le tout plongé dans de l’huile bouillante…

Je crois que je ne suis pas tout à fait prête à vivre comme une dame médiévale, qu’elle soit paysanne ou princesse. Et, en tant que défenseuse de la cause animale, je trouve qu’il y a comme… un lézard !

Et si on se faisait belle comme au Moyen Âge en Occident?